En sortant du métro, un homme m’a interpellé et m’a fait signe d’enlever mes écouteurs. Il devait avoir soixante-cinq ans, peut-être plus, peut-être moins. Il avait de longs cheveux blancs, une barbe tout aussi blanche et portait un chapeau haut de forme. J’ai un peu honte de l’avouer: habituellement, je l’aurais ignoré. Pourtant, pour une raison que j’ignore, j’ai choisi de l’écouter.
Il m’a demandé de m’asseoir. Pas de « s’il vous plaît », il m’a invité comme on invite quelqu’un à entrer dans une histoire déjà commencée. Il m’a alors montré une feuille de papier contenant trois vérités, une boîte de pointage où 2 + 4 donnaient 6 et m’a confié qu’il devait atteindre 100 points.
Les gens ne se parlent plus, m’a-t-il dit avec un sourire grave. Tu dois me donner une vérité. l’écrire et décider de combien de points elle vaut.
Je lui ai expliqué que, sans connaître l’échelle des points, il me serait difficile d’évaluer la valeur d’une vérité, et que, quitte à faire simple, je pourrais lui donner les 94 points lui manquants directement… Je venais de l’offusquer.
Tu n’as rien compris. On recommence!
J’ai donc regardé sa feuille, réfléchi à nouveau et inscrit ma vérité. Puisque la première était une citation de Forrest Gump sur les chocolats et qu’elle valait deux points, je me suis dit que la mienne, étant originale, devait valoir plus du double. J’ai donc souri et proposé cinq points. Il a hésité un instant, pèsant le pour et le contre, avant d’accepter:
Qui sait, lançat-il joyeusement. Peut-être que la prochaine personne m’en donnera 31. On ne sait jamais.
Il ne m’a pas demandé d’argent. Il ne m’a pas demandé mon nom. Il m’a seulement demandé de porter chance aux autres. Je lui ai promis, sans trop y penser. Nous avons ensuite convenu de nous donner dix coups de coude. Par un mauvais calcul, nous, nous en sommes donné onze, comme la somme de son nouveau pointage. Nous avons échangé un bref, mais sincère, hug et en reprenant mon chemin, je me suis rendu compte que je ne savais pas vraiment comment porter chance.
Alors j’ai pensé qu’écrire notre histoire pourrait peut-être être un début de réponse.