Dick Tracy - The Noir Edit

Dick Tracy - The Noir Edit

Vu le temps investi dans sa production (près de 10 ans), son budget (46 millions) et sa distribution impressionnante (Warren Beatty, Madonna, Al Pacino, Dustin Hoffman, etc.), Dick Tracy aurait dû marquer son époque et laisser une empreinte durable dans notre mémoire collective. Malheureusement, plusieurs choix créatifs ont nui à l’héritage du film. C’est précisément ce que Wakeupkeo a tenté de corriger avec sa propre version: Dick Tracy – The Noir Edit.

La première modification qui saute aux yeux est la conversion du film en noir et blanc. En général, je considère ce type de transformation comme un artifice facile visant à donner une pseudo touche artistique. Néanmoins, dans ce cas précis, le choix fonctionne étonnamment bien. L’histoire se déroulant dans les années 30, cette esthétique s’intègre naturellement à l’époque et renforce l’ambiance de film noir. Elle a aussi l’avantage d’atténuer les faiblesses de certains maquillages.

Dans sa version originale, le film se distingue par une palette de couleurs très limitée, mais extrêmement vive, directement inspirée de la bande dessinée. Le résultat est spectaculaire et constitue sans doute un clin d’œil apprécié par les générations ayant grandi avec la BD. Cependant, pour un public plus jeune n’ayant pas cette référence, ces couleurs finissent par devenir distrayantes. Le noir et blanc permet donc de recentrer l’attention sur l’atmosphère et sur l’histoire.

Le remplacement de la trame sonore originale de Danny Elfman, pourtant l’un des grands compositeurs du cinéma, est aussi un choix audacieux, mais payant. Le jazz de Miles Davis épouse parfaitement l’ambiance mystérieuse associée aux détectives de cette époque. Comme plusieurs l’ont déjà souligné, Elfman venait tout juste de composer la musique de Batman pour Tim Burton, et on ressent une certaine continuité dans son travail sur Dick Tracy. Bien que ses compositions soient excellentes, elles donnent au film une signature sonore très années 90 qui ne semble pas toujours correspondre à son univers.

Le montage retire également plusieurs scènes humoristiques, ce qui clarifie l’identité du film. Souvent décrit comme un mélange de crime, d’humour et d’action, le film devient ici un véritable film noir de gangsters. L’humour n’a pas complètement disparu, mais il est mieux dosé et cesse d’être une composante dominante.

Sur le plan technique, les coupures sont remarquablement exécutées. À aucun moment elles ne paraissent abruptes et elles ne nuisent jamais à la continuité du récit.

En toute transparence, cet édit est celui qui m’a fait découvrir le phénomène des fan edits. Depuis, il est devenu pour moi une référence. Le point de comparaison à partir duquel j’évalue tous les autres. La qualité de ce montage est telle qu’il pourrait figurer sur une édition spéciale officielle du film!

Finalement, cet édit est parfait autant pour ceux qui souhaitent redécouvrir le film que pour les curieux souhaitant le voir pour la première fois.

P.S. La scène avec Little Face a été retirée. Les personnages volontairement over the top du film sont mémorables, mais celui-ci, de l’avis général, franchissait la ligne entre marquant et carrément ridicule 😆